Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 11:00

 

maison-du-notaire001.jpg la maison du notaire

à Epineuil-le-Fleuriel (Berry) (photo de Monique)

 

Cette maison je l'ai entendue, elle m'appelait en cet été 1998.

J'avoue mon désarroi, lecteur.

Tu l'as compris depuis le début,

je ne suis pas informaticienne.

Je pourrais en faire un poème

mais pour dire à Henri (Alain-Fournier)

que je l'aime,

je ne crois pas

que ce soit indispensable.

Il aurait peut-être aimé l'informatique

(il aimait les débuts de l'aviation)

enfin nous n'avons plus le choix,

les machines à écrire ont été décapitées

par des machines à penser

qui nous font la vie dure.

Comme un disque dur.

Alors je suis seule à me battre - tout en souriant -

avec mon ordinateur

et je reste polie. Sauf si je m'énerve. (hmmm...)

Je voudrais savoir pourquoi un blog commence à l'envers,

par les ordres de la chronologie.

Cela ne m'ennuie guère, remarquez,

ce qui m'enchante le plus, c'est de mêler

le présent au passé.

Vous avez les numéros des articles (sauf si je les ai oubliés)...

C'est étrange de revivre sa vie à l'endroit

et de la publier sur un blog

à l'envers.

 

 

Par monique clavaud - Publié dans : amoureux de la langue française
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 11:00

une-lampe-jour-portail.jpg tous les tableaux sont de Monique Clavaud

 

les grilles s'ouvrent

"Si tout ce que tu crois impossible

au monde

devenait soudain possible,

que ferais-tu ?"

questionnait Alain-Fournier,

que j'appelle de son vrai prénom, Henri,

(quand il publia ses oeuvres il existait un sportif nommé Henri Fournier)

et le trait d'union est important.

En bibliothèque, en librairie, il faut chercher ses oeuvres à la lettre A.

Ce qui me paraissait impossible à l'âge de treize ans

c'était de connaître les paysages qu'il avait aimés.

Je ne fis que les effleurer en 1998

lors d'un passage à Epineuil-le-Fleuriel en Berry,

où "son"école est devenue un musée vivant.

Le but du voyage était Chopin.

Je devais écrire et jouer un spectacle à deux voix sur Chopin, en 1999,

pour le vernissage d'une amie peintre

- la deuxième voix étant un piano -

et vous pourrez lire mon texte au début de ce blog.

Mais après la visite de l'école, je me retournai pour contempler

la rue que dominait, au bout, une maison particulièrement belle,

avec une tour... appelez cela comme vous voudrez

mais j'eus le pressentiment que quelque chose arriverait ici...

Et tout en me consacrant à Chopin et George Sand

j'avais déjà retrouvé l'envie de revenir dans le domaine mystérieux

de mes treize ans, de pousser une grille...

Par monique clavaud - Publié dans : amoureux de la langue française
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Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 11:38

Alain-Fournier001.jpg Alain-Fournier

regardé par Monique Clavaud

 

Cette citation d'Alain-Fournier est un message d'amour

pour Yvonne, la belle et mystérieuse jeune fille

plus parfaite encore de n'être qu'un rêve.

Un rêve, mais... si "nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves",

disait Shakespeare,

ils font partie de notre vie, inéluctablement.

J'avais treize ans quand je vis le film d'Albicocco

"le Grand Meaulnes"

et je ne regardai plus jamais la vie comme avant.

Il avait su faire entrer en moi

un "domaine mystérieux"

et je lus le roman juste après le film.

Il fit grandir en moi - à la fois - le goût de l'observation,

car Alain-Fournier parle de la vie, la vraie,

et l'amour de l'Amour.

Aujourd'hui, tant d'années plus tard,

je reprends le chemin qui mène à Alain-Fournier.

Je voudrais en détailler les étapes,

les partager,

car la Beauté est de plus en plus belle

quand elle se multiplie.

Par monique clavaud - Publié dans : amoureux de la langue française
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Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 11:00

port-d-Oran--2-.JPG

 

le port d'Oran

 

 

En 1987, je devins une paroissienne de Sainte-Madeleine à Villeurbanne. L'année suivante je me joignis à l'équipe des organistes.

Puis le démon du chant me reprit et je fondai une chorale, Chantevie.

 

Belle idée. Nous étions tous enthousiastes. Il y eut quelquefois des grincements de dents, mais la bonne humeur était finalement toujours au rendez-vous.

J'avais pris l'habitude de comparer les notes aiguës à des cerises qu'il fallait cueillir en tendant les bras.

La semaine suivante, tous mes choristes m'appelaient Cerise au lieu de Monique et je me laissai faire. J'ai toujours aimé les cerises.

Un soir de printemps, un choriste arriva avec un clafoutis aux cerises préparé par sa femme, à faire pâlir d'envie les meilleurs pâtissiers et rougir de plaisir la chorale entière.

Ce jour-là tout le monde fut studieux et retint les notes, les nuances, l'expression... dans le but non dissimulé de pouvoir faire honneur au  clafoutis auquel j'avais bien sûr interdit de toucher tant que le travail hebdomadaire ne serait pas effectué.

Quand il ne resta plus que les noyaux, quand les verres de cidre furent vides, quelqu'un imagina de mettre les noyaux dans les gobelets en plastique, de les enfermer avec un autre gobelet renversé pour faire des maracas... ou quelque chose de ce genre.

 

Alain était le boute-en-train de l'équipe. Michel était doué aussi. Et j'égrène quelques prénoms comme on chante des vocalises... Monique, Pierre, Georgette, Jean-Pierre et Jeannine, Isabelle, Valérie, Elisabeth. Je pourrais chanter longtemps... Louise, Nicole, ...

Trois ans plus tard, je dus abandonner pour des problèmes de mâchoire, qui m'interdisaient de chanter.

 

Et la paroisse changea de prêtre. La plupart des paroissiens se dispersèrent.

 

En janvier 2012 mon huitième livre paraît, "mon paradis perdu" consacré à mon enfance en pleine guerre d'Algérie. Je fais appel à mes anciens choristes qui réservent à mon livre un aussi bon accueil qu'au célèbre clafoutis des beaux jours passés.

 

Michel vient prendre son exemplaire et soupire.

"J'étais à Oran et je me souviens, fin juin 1962, de ces interminables files que formaient les Pieds-Noirs sur le quai, attendant de pouvoir  monter sur le paquebot. Quand es-tu partie ?

- Fin juin 1962.

- Alors je t'ai sûrement vue dans cette foule épuisée. J'étais au service militaire dans les transmissions, depuis mon poste je voyais ces gens si malheureux. Il m'est arrivé de leur porter de l'eau fraîche... Que de fois je me suis dit "mais comment en est-on arrivé là ? Pourquoi ce drame n'a-t-il pas pu être évité ?" Je me posais ces questions dans mon cerveau de vingt ans.

- Sans te douter que ta future chef de choeur, qui avait huit ans, était au milieu de cette foule angoissée.

- Et nous nous en rendons compte aujourd'hui..."

 

Un livre a toujours été bien plus que des mots.

Il nous a plongés tous les deux dans une minute de silence.

Par monique clavaud - Publié dans : amoureux de la langue française
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 11:00

cite-des-nuages---Copie-copie-1.jpg

 

 

Rapport du Docteur Li Tsuno

Responsable de la sécurité des passagers à bord du paquebot le Kairouan ayant abordé à Port-Vendres, Pyrénées Orientales, le 30 juin 1962

 

Malgré le nombre considérable de passagers clandestins, nous avons pu arriver sans encombre grâce au calme parfait de la Méditerranée.

J'ai dû soigner de nombreux passagers victimes de crises de larmes ou d'hystérie. D'autres au contraire restaient hébétés sur leur chaise, refusant de s'alimenter.

Au moment d'accoster à Port-Vendres, une dame qui parlait assez bizarrement est venue me présenter une enfant d'environ huit ans, me disant "la gosse elle est tambée". Je n'ai pas compris et l'ai fait répéter. L'enfant est sûrement victime d'un choc. Je lui ai montré mon poing fermé et elle a cru que je voulais la frapper mais s'est aperçue que ce n'était pas le cas. Je lui ai demandé combien de doigts elle voyait et elle m'a répondu "cinq". J'ai diagnostiqué une terreur face à la dame qui l'accompagnait. J'ai tendu l'index et le majeur, en lui demandant combien de doigts elle voyait, elle a répondu "deux". Bien que souffrant de sa chute, elle semble développer un syndrome de panique.

Mais elle a pu débarquer.

Elle a laissé tomber une feuille de papier sur laquelle elle avait écrit. Je vous la transmets.

 

Respectueuses salutations

 

Docteur Li Tsuno

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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 11:00

Kairouan-1962.JPG

 

                                  sur le paquebot "le Kairouan"

 

Quelques jours après cette explosion, mon grand-père me conduisit en voiture, comme d'habitude,  à l'école Laurent-Fouque. Nous revenions toujours déjeuner à la villa. Mais pas ce jour-là. Je demandai "pourquoi ?" mais il ne me répondit pas.

Le soir nous sommes allés dans un appartement au centre ville. Je demandai encore "pourquoi ?" et on ne me répondit pas.

Le lendemain, je demandai encore et encore "qui va donner à manger à ma petite Slow ?" C'est comme si je n'avais pas parlé.

Les jours passèrent.

 

J'ai eu huit ans dans cet appartement, dans cette tristesse. Slow devait être morte de faim dans sa boîte en carton. Ou alors elle avait réussi à la renverser et s'était nourrie dans le jardin.

 

Le ciel bleu devint noir, le port d'Oran avait été incendié.

 

Et nous sommes sortis de la boîte de cet appartement pour prendre un paquebot, le Kairouan. Je suis en train d'écrire. Tout le monde a l'air perdu. Je suis assise sur le pont. Je vais me lever.

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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 11:00

1958--2-.JPG

 

dans mon jardin, à Oran

 

La maîtresse du CE 2 n'était pas gentille. Un jour je lui avais parlé de ma petite Slow et elle m'avait dit que ce n'était plus de mon âge ces bêtises, que j'avais un an d'avance et qu'à cause de ça il fallait que je reste la première de ma classe. Elle parlait comme ma grand-mère. Etre première, il n'y avait que ça qui comptait.

Elle était bizarre. Elle était méchante avec tout le monde mais parfois elle prenait sa tête dans ses mains, ou elle se couchait sur l'estrade et se recroquevillait. Comme une grosse tortue qui ne veut plus rien, plus rien voir. Elle gémissait des paroles que je ne comprenais pas, et soudain elle criait "l'Algérie française c'est terminé". Elle sanglotait.

 

M'occuper de Slow ? Je savais que ce n'était pas une bêtise. Je lui parlais souvent.

Les grandes personnes avaient l'air de plus en plus tristes. Quand nous étions au centre ville, nous avions pris l'habitude de nous retourner comme si quelqu'un ou quelque chose nous suivait pour nous faire du mal.

 

Un soir, début mars 1962, il y eut une explosion dans l'immeuble voisin de notre villa, habité par des Arabes. Ils poussèrent des cris aigus, cherchèrent à entrer chez nous. Je demandai ce qui se passait.

Mais à partir de cet instant on ne me répondit plus jamais.

 

Gros plan sur un des personnages de mon roman "mon paradis perdu, une enfance en Algérie, 1954 - 1962", renseignements par mon adresse

clavaudm@numericable.fr

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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 11:15

slow-gros-plan---Copie.JPG

 

Elle n'était pas si lente que ça, ma tortue, parce qu'un jour, je l'avais sortie de sa boîte en carton, je n'aimais pas la voir enfermée. J'allai faire mes devoirs, et en retournant au jardin, elle avait disparu. Je la cherchai longtemps. Sans résultat. En voulant lui donner la liberté, je l'avais perdue.

Mon arrière-grand-père me trouva assise par terre, en larmes, repliée sur moi-même comme ma tortue quand elle rentrait dans sa carapace. "Je ne trouve plus... ma petite... Slow..."

Mon arrière-grand-père me remit sur mes pieds.

"Ne pleure plus, petit Nini. La maison est entourée de hauts murs. Je vais retrouver ta tortue".

Il chercha longtemps et finit par me la porter.

 

Je remis ma petite Slow dans sa boîte en lui disant "ne me fais plus peur comme ça".

Cette nuit-là je dormis avec ma tortue en peluche, comme si ça pouvait protéger la vraie.

 

 

Retrouvez ma petite Slow dans mon roman "mon paradis perdu, une enfance en Algérie", renseignements par mon adresse

clavaudm@numericable.fr


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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 11:00

slow-2.JPG

 

                                Manuscrit retrouvé sur le Kairouan

 

Je l'ai vue dès que je suis rentrée de l'école. Installée dans une grande boîte en carton,  elle mangeait tranquillement de la salade. Pour mon anniversaire, à quatre ans, on m'avait offert une tortue en peluche. Elle avait une médaille avec son nom : Slow. Mes parents m'avaient expliqué que c'était de l'Anglais et que ça voulait dire "lente". Je m'étais mise à chanter "ma petite Slow". C'était venu tout seul, comme le soleil après la pluie, mais dans mon pays il y avait souvent du soleil. Il y a longtemps, maintenant je suis une grande, j'ai eu huit ans en mai et j'ai un an d'avance à l'école. Ce jour-là, en septembre, ce n'était pas mon anniversaire mais on m'offrait une vraie tortue. 

Je lui ai chanté "ma petite Slow" parce que je n'avais pas oublié l'air inventé à quatre ans, seulement maintenant je savais que c'était "sol mi ré do", croche noire noire ronde, parce que j'avais une maîtresse de piano. Je le lui avais joué en chantant et elle m'avait regardée longuement, en me disant "tu seras une artiste" mais je ne comprenais pas vraiment.

 

 

 

Je vous présente les personnages de mon roman "mon paradis perdu" comme autant d'interviews.

Pour les renseignements concernant mon livre, écrivez-moi

clavaudm@numericable.fr

    

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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 11:00

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         aquarelle et techniques mixtes (Monique)

 

C'était quelques années après le départ désespéré de l'Algérie. Nous étions au Lavandou, sur la côte varoise.

Nous avions loué un appartement modeste qui donnait sur la mer.

Depuis plusieurs soirs j'avais remarqué que mon grand-père s'asseyait sur le balcon et regardait.

Un soir enfin je lui demandai ce qu'il regardait.

"Je ne regarde rien. J'écoute".

Je tendis l'oreille.

Il me fallut longtemps avant de percevoir un murmure étouffé, plus ou moins fort. C'était la respiration des petites vagues sur la plage.

Mon grand-père me dit :

"ça vient de notre pays, l'Algérie, de l'autre côté de la Méditerranée.

C'est la mer qui pleure".

 

 

"Mon paradis perdu, une enfance algérienne, 1954-1962" mon roman, tous renseignements par mon email

clavaudm@numericable.fr

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